Information concernant la pilule abortive nouvellement approuvée

MIFEGYMISO

Il existe deux types d’avortement au Canada : l’avortement chirurgical et l’avortement médical. Tous deux sont des procédures sécuritaires, ont des taux de complication exceptionnellement faibles et ne semblent pas affecter les grossesses futures. 

L’avortement médical utilise des médicaments (une combinaison de pilules) au lieu de la chirurgie pour mettre fin à une grossesse. Cette forme d’avortement est offerte dans certaines cliniques et certains hôpitaux, mais elle n’est pas largement accessible à travers le pays.  

Action Canada pour la santé et les droits sexuels a salué un important développement, qui pourrait rendre l’avortement médical plus accessible au Canada.

En juillet 2015, à l’issue d’un des plus longs processus d’approbation de médicament de son histoire, Santé Canada a approuvé la pilule abortive Mifegymiso (nom de marque canadien du médicament combinant la mifépristone et le misoprostol). Cette combinaison de médicaments vise à remplacer le régime jusqu’ici utilisé au Canada pour l’avortement médical. Avant l’approbation de la mifépristone, les fournisseurs de soins de santé utilisaient une combinaison de méthotrexate hors indication et de misoprostol. Le taux de succès général, les effets secondaires et le faible risque de complications sont similaires pour les deux régimes, mais les avortements déclenchés à la mifépristone aboutissent plus vite qu’avec le méthotrexate; et la procédure peut être offerte jusqu’à la 10e semaine de grossesse avec la mifépristone, comparativement à la 7e semaine en moyenne, dans le cas du méthotrexate. De plus, l’acceptabilité de la mifépristone est plus élevée chez les patientes. 

La combinaison de mifépristone et de misoprostol est la méthode recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’avortement médical, ce qui en fait l’étalon or pour ce service de santé génésique. Le médicament figure sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS depuis 2005; il est utilisé depuis près de 30 ans, est offert dans plus de 60 pays et présente un excellent bilan de sécurité et d’efficacité. Rendre ce médicament accessible aux Canadien-nes est une étape importante pour leur assurer les meilleurs soins possible de santé sexuelle et génésique.

Mifegymiso était censé être accessible au public à compter du printemps 2016, mais sa distribution s’est heurtée à de nombreux obstacles, notamment des retards de fabrication. Ce retard est également dû à la nécessité de composer avec certaines restrictions que Santé Canada a imposées dans son approbation du médicament, notamment une formation obligatoire (qui a dû être développée) pour les fournisseurs et les pharmaciens.

La formation des fournisseurs et des pharmaciens fournie par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada n’est plus obligatoire pour les pharmaciens (et possiblement pour les médecins), à présent que Santé Canada a aboli cette exigence (en mai 2017). 

Action Canada continue d’encourager les praticiens des soins de santé et les pharmaciens à s’inscrire aux répertoires qui relient les fournisseurs, les distributeurs et le public. 

Mifegymiso a finalement été mis en vente en janvier 2017. Bien que cela constitue un progrès, plusieurs autres obstacles superflus font en sorte qu’il demeure difficile pour le public d’accéder au médicament pour l’avortement médical. Notamment, le coût de Mifegymiso, qui varie entre 300 et 450 $, le rend hors de portée pour plusieurs personnes qui auraient à le payer de leur poche.

Action Canada exhorte par conséquent tous les gouvernements provinciaux et territoriaux à assurer promptement que le coût de l’avortement médicamenteux sera couvert par leurs régimes publics de soins de santé. 

En date d’avril 2017, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta et l’Ontario avaient annoncé la couverture universelle de Mifegymiso pour toutes les personnes couvertes par leurs régimes de soins de santé. 

LE PROGRAMME COMMUN D’ÉVALUATION DES MÉDICAMENTS ET LA DEMANDE À L’ACMTS 

Pour que les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral puissent offrir la couverture universelle de nouveaux médicaments ou les ajouter à leurs formulaires (les formulaires provinciaux et territoriaux énumèrent les médicaments financés par le secteur public pour les individus recevant une forme d’assistance sociale), les médicaments doivent être soumis à l’examen du Programme commun d’évaluation des médicaments (PCEM), dirigé par l’instance indépendante portant le nom d’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS).

Celopharma, le distributeur canadien de Mifegymiso, a soumis une demande initiale au PCEM en janvier 2016. Ce processus implique l’examen et l’évaluation de tout médicament nouveau au Canada, en le comparant à des médicaments existants qui sont utilisés aux mêmes fins médicales, et en évaluant son rapport coût-efficacité à partir du prix établi par le fabricant. Par la suite, le Comité canadien d’expertise sur les médicaments (CCEM), qui est responsable de finaliser l’examen du PCEM, émet une recommandation non exécutoire établissant si le médicament devrait être couvert par les régimes publics d’assurance médicaments.

En mai 2016, la société Celopharma a officiellement retiré sa demande initiale au PCEM, car elle n’avait pas les moyens de payer le coût de l’examen qui s’élevait à 72 000 $. Cela a eu pour effet de retarder l’étude de la question du coût prohibitif du médicament. Toutefois, au début d’octobre 2016, nous avons appris que Celopharma avait soumis une nouvelle demande. 

Quelques semaines avant la publication de la recommandation du PCEM, le Nouveau-Brunswick a signalé son intention d’assurer la couverture universelle de Mifegymiso. Le 4 avril 2017, le ministre de la Santé Victor Boudreau a annoncé que son gouvernement prévoyait offrir gratuitement la pilule abortive à toutes les personnes détenant une carte d’assurance maladie valide de la province. Or ce plan ne sera pas mis à exécution tant que l’alliance négociant le prix des médicaments au nom des provinces et territoires n’aura pas conclu d’entente avec le fabricant.

Le 20 avril 2017, le Comité canadien d’expertise sur les médicaments de l’ACMTS a publié sa recommandation finale concernant la pilule abortive nouvellement approuvée. Il a recommandé que le coût du médicament soit remboursé par les provinces et territoires.

Après la publication de la recommandation, l’Alberta a suivi l’exemple du Nouveau-Brunswick, devenant la deuxième province canadienne à s’engager à la couverture universelle de Mifegymiso dans le cadre de son régime public de soins de santé; l’Ontario a fait de même peu après. 

Nous accueillons favorablement les bonnes nouvelles de ces trois provinces, mais la couverture à grande échelle du coût de Mifegymiso n’est pas encore une réalité. Les personnes de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan, du Manitoba, du Québec, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, du Yukon, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador doivent encore payer le médicament de leur poche. Cela est vrai également pour les patients de ressort fédéral, y compris certaines catégories de demandeurs du statut de réfugié admissibles au Programme fédéral de santé intérimaire, les personnes incarcérées purgeant une peine de plus de deux ans, les membres en service actif des Forces canadiennes, les anciens combattants admissibles ainsi que les personnes des Premières Nations habitant dans une réserve et les Inuits couverts par les Services de santé non assurés. Certains assureurs privés pourraient offrir une couverture du médicament, mais toutes les autres personnes qui n’ont pas d’assurance privée ou ne reçoivent pas une forme d’assistance sociale devront payer le médicament de leur poche.