Une pilule qui changera la vie des femmes

Journal de Montréal | Isabelle Maher

Disponible dans 57 pays, dont la France et la Chine depuis près d ans, la mifépristone, commercialisée sous le nom de pilule abortive RU-486, sera disponible au Canada dès janvier 2016.

«C’est une bonne nouvelle, les femmes auront le choix et un plus juste accès à l’avortement dans certaines régions où il n’y a pas de clinique», explique Frédérique Chabot, d’Action Canada pour la santé et les droits sexuels, un organisme pro-choix.

Dans les pays où l’avortement médical sécuritaire est accessible, les taux d’avortement n’augmentent pas, mais les femmes ont tendance à moins se tourner vers l’avortement chirurgical, note-t-elle.

«Qu’il soit médical ou chirurgical, personne ne subit un avortement de gaieté de cœur. C’est une décision sérieuse et mûrement réfléchie par les femmes lorsqu’elles se présentent ici», affirme Patricia Larue, directrice de la clinique des femmes de l’Outaouais.

Santé Canada étudie depuis 2012 la demande d’autorisation de la pilule RU-486, un délai qui dépasse largement les 700 jours pour rendre une décision sur un nouveau médicament.

Inquiétude

Malgré l’attente, les groupes anti-avortement se disent inquiets de voir la pilule abortive disponible au Canada.

«Ce médicament est très dangereux pour les femmes, c’est un pesticide humain pour lequel on observe de nombreux effets secondaires», dénonce Johanne Browrigg, militante pour l’organisation pro-vie Campaign Life Coalition.

Médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Édith Guilbert se fait plutôt rassurante.

«Moi, je m’appuie sur la littérature scientifique et sur le fait que le médicament a été utilisé dans 50 % des avortements en France. Si ce n’était pas sécuritaire, on le saurait», explique-t-elle.

Dre Guilbert rappelle que les risques de mortalité lié à l’utilisation du RU-486 sont de 1 sur 100 000, soit nettement moins élevés que les risques de mortalité liés à l’accouchement qui sont de 5 à 9 sur 100 000.

Selon elle, l’argument selon lequel l’accès à la pilule abortive pourrait augmenter le nombre d’avortements chez les jeunes femmes n’est pas fondé.

«Depuis une dizaine d’années le taux d’avortement des adolescentes est en baisse de 25 % parce qu’elles ont un meilleur accès à la contraception depuis que les infirmières et les pharmaciens peuvent prescrire la pilule.»

Pour l’instant, Santé Canada autorise l’utilisation de RU-486 pour les gestations de moins de 49 jours alors que dans certains pays on l’autorise jusqu’à 70 jours.

QU’EST-CE QUE RU-486?

  • Fabricant Linepharma
  • Santé Canada autorise le médicament jusqu’à une gestation de 49 jours sous prescription médicale
  • Le médicament agit en bloquant l’effet de la progestérone sur l’endomètre et le myomètre, ce qui permet la dilatation du col et induit les contractions menant à une interruption de grossesse
  • Échec du traitement chez 2 à 4,8 % des femmes
  • Un petit nombre de femmes ont eu des complications plus graves, comme des infections pelviennes et des hémorragies vaginales
  • Approuvé en France et en Chine en 1988
  • Disponible dans plus de 57 pays à travers le monde