Échographie pour confirmer l’âge gestationnel et exclure la possibilité d’une grossesse ectopique

La majorité des médecins pratiquant en clinique n’ont pas accès à des appareils d’échographie. L’exigence d’une échographie obligatoire nécessiterait par conséquent plusieurs rendez-vous, probablement à divers endroits. Cela risquerait d’entraîner un retard dans l’administration de Mifegymiso pendant la période de gestation limitée à 7 semaines. Dans ses lignes directrices d’avril 2016 sur l’avortement médical, le Journal d’obstétrique et gynécologie du Canada identifie des mesures de rechange pour confirmer l’âge gestationnel et exclure la possibilité d’une grossesse ectopique lorsque le médecin n’a pas accès à des services d’échographie. L’article note qu’« [e]n l’absence de services d’échographie facilement accessibles, l’âge gestationnel peut être estimé, chez les femmes qui sont certaines de la date de leurs dernières menstruations, au moyen des trois paramètres suivants : date des dernières menstruations, histoire clinique et résultats de l’examen physique. La tenue d’une échographie est requise lorsque l’incertitude persiste. » 

Supervision médicale de l’administration à la patiente

Le langage de la décision indique que le médecin serait tenu d’observer la patiente ingérer la première dose de Mifegymiso. Cette exigence est interprétée comme dégradante pour les femmes. Santé Canada a indiqué que cela n’était pas l’intention de la restriction, mais un manque de clarté dans la formulation du Sommaire des motifs de décision semble sous-entendre cela. 

Distribution par les médecins uniquement

Plusieurs dépositaires d’enjeux ont signalé que l’exigence selon laquelle le médicament doit être distribué uniquement par des médecins est pratiquement du jamais-vu; elle fait en sorte que Mifegymiso est plus réglementé que des médicaments assujettis à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, et soumettrait les individus à des exigences onéreuses et dégradantes, comme prendre la première dose sur place devant un médecin. Vu l’absence de précédent ou d’infrastructure à cet égard, il est peu probable que des médecins voudront conserver le médicament en stock, en particulier en région rurale. 

Formation et inscription obligatoires

Les pharmaciens et médecins qui ne sont pas fournisseurs actuels de services d’avortement et qui souhaitent distribuer Mifegymiso seront tenus de suivre une formation de 6 heures (ou de 3 heures, dans le cas des médecins qui sont fournisseurs actuels). Aucun autre médicament similaire ne nécessite autant de formation. À l’issue de la formation, le médecin sera inscrit à un registre confidentiel. Ce registre confidentiel empêche des références efficaces. Action Canada pour la santé et les droits sexuels collabore avec Celopharma à des mesures pour mitiger l’impact de la restriction relative au registre, en améliorant l’information du public. 

Limites de gestation

Des données d’autres pays (y compris des États-Unis) indiquent que Mifepristone peut être utilisé de manière sécuritaire au-delà de la limite de 49 jours de gestation. En mars 2016, la Food and Drug Administration des États-Unis a révisé son approbation de Mifeprex (l’équivalent étatsunien de Mifegymiso) pour interrompre la grossesse jusqu’à un âge gestationnel de 70 jours.

Coût élevé pour les patientes

Les provinces et territoires n’ont pas encore accepté de couvrir Mifegymiso par le biais du formulaire ou d’un remboursement intégral des coûts. À 300 $ par régime, ce médicament est inabordable pour les personnes dont les ressources sont limitées. L’ACMTS procède actuellement à l’évaluation de Mifegymiso pour déterminer s’il sera inscrit sur les formulaires de médicaments des provinces et territoires. Or même s’il était ajouté aux formulaires provinciaux et territoriaux, de nombreuses Canadiennes devront payer le médicament par leurs propres moyens. Approximativement un tiers des individus ne sont pas couverts par les régimes provinciaux/territoriaux d’assurance-santé (aide sociale) ou par une assurance privée, au Canada. Cela signifie qu’une personne sur trois qui vit au Canada n’a aucune assurance-médicaments. De plus, tous les régimes d’assurance privée ne couvriront pas nécessairement Mifegymiso. Tout cela, en dépit du fait que ce médicament est de 3 à 4 fois moins coûteux qu’un avortement chirurgical – et permettrait d’importantes économies aux systèmes de soins de santé, en particulier dans un contexte où il est démontré que l’avortement médical est préféré à l’approche chirurgicale dans 50 % des cas.